Fin de la "guerre de la banane" entre l'UE et l'Amérique latine
[ 15/12/2009 16:46 ] L'Union européenne a confirmé mardi être parvenue à un accord avec les pays producteurs d'Amérique latine pour mettre fin à la "guerre de la banane" qui les oppose depuis des années.
"Les ambassadeurs de l'UE et des pays d'Amérique Latine, qui se sont réunis à l'OMC à Genève, se sont mis d'accord pour mettre fin à un conflit vieux de 15 ans concernant les importations de bananes dans l'UE", a annoncé la Commission européenne dans un communiqué. La mission de l'Equateur auprès de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) avait annoncé plus tôt dans la journée qu'un accord avait été paraphé. Cet accord prévoit de réduire les droits de douane européens sur la banane d'Amérique latine, les faisant passer graduellement de 176 euros/tonne actuellement à 114 euros d'ici 2017. En échange, les Etats-Unis, dont les multinationales commercialisent des bananes d'Amérique latine, et qui avaient attaqué l'UE avec les pays latino-américains à l'OMC, "ont accepté de mettre fin à leur conflit avec l'UE", précise le communiqué. Pour ne pas pénaliser les pays ACP (Afrique-Caraïbes-Pacifique), souvent anciennes colonies européennes, dont les bananes entrent libres de droits en Europe, la Commission européenne a par ailleurs "offert de mobiliser jusqu'à 200 millions d'euros" d'aide financière supplémentaire à ces pays, afin de les aider à "s'ajuster à une concurrence plus sévère de l'Amérique latine". Cet accord met fin à la "guerre de la banane", qui oppose depuis des années les pays d'Amérique latine producteurs de bananes et les Etats-Unis à l'Union européenne. Elle s'est attisée en 1993 quand l'UE a décidé d'accorder un régime douanier préférentiel aux pays ACP (Afrique-Caraïbes-Pacifique) leur permettant d'exporter des bananes sans droit de douane vers l'Europe. L'UE a été plusieurs fois condamnée à l'OMC sur cette question. "Je suis ravi que nous ayons finalement trouvé un moyen de résoudre le conflit de la banane avec un compromis qui convient à tout le monde", a commenté le président de la Commission européenne José Manuel Barroso, en estimant que cet accord allait "stimuler le système multilatéral" commercial. "C'est le meilleur accord possible auquel nous pouvions parvenir. Cela réconcilie les intérêts légitimes de toutes les parties", a renchéri le commissaire européen au Développement, Karel De Gucht. "Je sais que les producteurs des pays ACP vont faire face à des défis pour s'ajuster à la nouvelle situation. Mais l'UE fera de son mieux pour les aider", a-t-il ajouté. "Nous ne sommes pas satisfaits du montant", a réagi de son côté le chef du groupe ACP sur la banane, l'ambassadeur du Surinam à Bruxelles, Gerhard Otmar Hiwat. Mais, "à un moment donné, c'est la Commission européenne qui décide", a-t-il ajouté à l'AFP. Selon une étude publiée par l'ONG International Centre for Trade and Sustainable Development (ICTSD), le nouvel accord "sera une aubaine pour les exportateurs latino-américains, mais déclenchera une baisse des exportations de ce fruit en provenance des pays ACP". Après cet accord, les exportations de bananes des pays ACP vers l'UE devraient diminuer de 14%. Celles en provenance d'autres pays, essentiellement d'Amérique latine, devraient au contraire augmenter de 17%, selon cette étude.